Callac-de-Bretagne

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  Joseph Laurent EVEN, un chouan, maire de Callac.



Joseph Laurent EVEN (1765-1828)


Avant-propos.

Peut-on encore de nos jours, deux cents ans après les évènements, passer sous silence les tribulations d'un homme de son temps, à peine cité dans l'histoire locale et dont la gravure est conservée au Musée Carnavalet. Un personnage dont les déclarations et les prises de position figurent en bonne place dans les dossiers des Archives Nationales, accusé, jugé et acquitté dans le célèbre procès de Georges (Cadoudal), Pichegru et Moreau en 1804 à Paris. Mais depuis la parution du livre du regretté François Furet, « Penser la Révolution Française », on peut, sans crainte de se voir traiter de jacobin ou de contre-révolutionnaire, raconter dans les détails un récit tout en nuances et d'en extraire une série d'humbles évènements.

«  On monte plus vite par l'Etat et par l'argent que par la naissance »

      François Furet

Sa jeunesse

 
 Musée  Carnavalet[2]

Joseph Laurent Even, fils de Maître Joseph Even et de Anne Cécile Houarnay, naît à Callac le 10 août 1765 dans une famille de notaires ruraux originaire de Maël Pestivien, côté paternel  et de Plougonver, côté maternel. Son parrain est le sieur Yves Le Pezron, brigadier dans les Fermes du Roi et sa marraine Charlotte Riou, son aïeule paternelle. 
Son père Joseph, notaire,  subdélégué  de l'Intendance en 1775, procureur de la châtellenie de Callac, fief amorti du Roi et possédé par les moines de l'abbaye de Sainte Croix de Quimperlé, fut  maire de Callac de 1770 à 1790.

Nous ne savons rien de son enfance, à part son séjour relativement court qu'il fait au collège de Morlaix et son admission au collège de Quimper avec Claude Quénechdu [1] de Plusquellec, de trois ans son aîné.

Il termine ses études de droit en 1788 à Rennes où il rencontre Jean Victor Moreau (1763-1813), futur général, originaire de Morlaix, agitateur des étudiants rennais dans cette période que l'on nomme pré-révolution.

De retour à Callac, il travaille dans l'étude de son père  et s'intéresse déjà à la politique, il est acquis aux idées nouvelles qui circulent déjà depuis plusieurs années.

Le 17 mars 1789, son père Joseph Even rédige avec le sénéchal Yves Le Baron, les cahiers de doléances de la ville de Callac et de la trêve de Botmel, résultat de nombreuses délibérations entre les diverses personnalités de Callac et Botmel, parmi lesquelles Yves Le Quéré, syndic militaire, Jérôme Alexandre Guiot, notaire royal, Jean Yves Guillou, notaire, Pierre Jean Guiton, avocat, Le Bouéhec, chirurgien, François Goéry, aubergiste et Le Bon, délibérant.

A la formation de la première municipalité éphémère le 28 février 1790, dans laquelle son père est élu maire de Callac après une opposition violente de  Pierre Joseph Fercoq [3], Joseph Laurent fait partie de l'assemblée et signe l'acte. Il fait partie des représentants de la municipalité à la Fédération de Pontivy en février 1790.

Son engagement

En 1791, notre personnage disparaît de la vie callacoise et nous supposons qu'il  rejoint l'armée du Rhin où il rencontre son futur beau-frère Claude René Guezno, capitaine au 2ème  bataillon des Côtes du Nord, défenseur de Landau contre les prussiens et futur  lieutenant-colonel du parti royaliste  de Bretagne. Joseph Laurent subit l'influence grandissante de son beau-frère,  prototype parfait du militaire de l'Ancien Régime et comme le décrit un document de l'époque « corps et âme de bronze, véritable soudard dans toute la force de l'expression »[4].En 1792, après son licenciement de l'armée, il est nommé commandant de la garde sédentaire de Callac.

Le 2 février 1794, il épouse à Rostrenen Louise Marthe Françoise Guezno, âgée de 17 ans, fille de Claude Louis Guezno, Maître des Eaux et Forêts de Berrien (Huelgoat) et de Marie Charlotte Digaultray. La profession de Joseph Laurent qui figure dans l'acte, est celle de surnuméraire [5] dans la régie des droits d'enregistrement. De cette union, naissent deux filles, Cécile Louise Josephe le 3 juillet 1796, qui épouse le 29 septembre 1823, François Antoine Vistorte, arpenteur,  fils de Antoine Noël Julien, président du Tribunal de Guingamp et  Danielle Caroline Josephe le 17 novembre 1799, qui épouse le 15 septembre 1828 à Callac un avocat de Lannion, Pierre Huon. Cette union permet aux descendants des Huon , Charles Marie (1832-1901), maire de Lannion et futur député, d'ajouter à leur  patronyme par décret impérial, le nom de leur aïeule « Penanster »,  vers les années 1860, puis en 1925 d'y ajouter la particule et de devenir ainsi les Huon de Penanster.

Aussitôt après son mariage, il rejoint comme capitaine la 6ème compagnie du 4ème Bataillon des Côtes du Nord dans l'armée des Côtes de Brest commandée par le Général Canclaux. La campagne des Callacois sur le front de Vendée est de courte durée et le 28 juillet 1793 toute la population de Callac se rassemble sur la place du Martray (Centre) autour d'un feu de joie allumé en l'honneur du retour des volontaires, toute la foule en joie crie «  Vive la République, une et indivisible « . Depuis son licenciement, il est adjoint des adjudants généraux et secrétaire du général en activité à Dinan et Pontrieux.

Joseph Laurent  exerce dans la nouvelle municipalité la fonction de greffier. Pierre Le Milbeau est le nouveau maire de Callac. Le 28 février 1795, il est candidat avec Jean Julien Delafargue et Pierre Jean Guitton pour le Comité des transports, mais c'est Jean Julien Delafargue qui obtient le poste. Il devient le 17 juin 1795, procureur  et assesseur du juge de paix de la commune. Le registre de la municipalité, paraphé par son père président de l'administration municipale d'avril 1793 à avril 1796, est tenu par Joseph Laurent et dans lequel il signe Even fils.

                                                                             

La chouannerie

Nous sommes sous la réaction thermidorienne, une période trouble qui affecte Joseph Laurent. Jean Victor  Moreau, son condisciple à Rennes, général victorieux des Autrichiens en Belgique en 1794 à 30 ans, perd confiance dans la République après la disparition de son père, guillotiné à Brest. Son beau-frère, Claude René Gezno rejoint Georges Cadoudal et l'armée royaliste, profondément ulcéré contre les Jacobins Rostrenois, persécuteurs de sa famille. Joseph Laurent est nommé commissaire du Directoire exécutif le 24 mars 1796 et son épouse Louise attend la naissance de son premier enfant, Cécile Louise Josephe.

Le tournant se situe le 18 août 1797, sous le Directoire, lorsque Joseph Laurent est destitué de son poste de commissaire et remplacé par Jacques Marie Fercoq, frère de Pierre Joseph Fercoq, procureur de la commune et adversaire déclaré des Even. Joseph Laurent est de plus en plus sous l'influence de son beau-frère Claude René Guezno et de son condisciple à Quimper et Rennes, l'avocat  Jean François Le Peige Dorsenne, dit Debar, une figure du parti royaliste breton, originaire de Concarneau. Debar loge dans une auberge de Rostrenen tenue par Augustin  Chatton ,  fréquente assidûment les Guezno de Maël-Carhaix et dirige les forces royalistes dans le secteur de Carhaix-Rostrenen-Le Faouët.

L'année 1798 voit le début de la troisième chouannerie, celle où Joseph Laurent s'engage délibérément au côté de son ami Debar sous le surnom de «Victor Labrousse ». Il prend le commandement du 2ème bataillon de la 8ème Légion, dite de Gourin, comme mjor. Il n'en faut pas plus pour alerter les administrateurs du département des Côtes du Nord, dont Pierre Joseph Fercoq. Joseph Laurent Even est arrêté à Callac en décembre 1799 et conduit à la prison de Ste Pélagie à Paris où il reste enfermé pendant 7 mois. Le 12 juin il est libéré et surveillé par la police de Fouché qui recherche activement son ami Debar. Son séjour à Callac ne dure guère et le général Gency le fait de nouveau arrêter et conduire à la prison de Port Brieuc avec plusieurs autres suspects dont son beau-frère Claude René Guezno, promis à l'échafaud.

                Une expédition conduite par le chef chouan Pierre Mercier, dit La Vendée avec Debar, Carfort, Legris-Duval  et une troupe évaluée à plus de 400 hommes pénètre  la nuit du samedi 26  au  dimanche 27 octobre 1799 dans Port Brieuc, nuit où périt Poulain-Corbion [6]. En place  à 2 heures du matin, ils n'investissent la prison que vers 6 heure et libèrent 277 prisonniers dont Even et Guezno. La colonne quitte Port Brieuc en direction de Plaintel et Quintin poursuivit par les troupes républicaines commandées par le général Casabianca. Joseph Laurent et son beau-frère rejoignent la région de Callac ; Joseph Laurent se présente à la municipalité  et explique à sa manière sa fuite de la prison(voir lettre jointe). Ils reprennent leur place dans la lutte en attaquant et en prenant la ville de Gourin le 16 novembre 1799.

Le 14 février 1800, le major Joseph Laurent Even inaugure son nouveau grade en occupant la ville de Rostrenen puis il gagne le Morbihan avant de procéder à la démobilisation de la 7ème légion et de faire sa soumission aux autorités.

Le 11 juin 1800, Joseph Laurent fait une pétition afin d'obtenir une charge de notaire. L'administration de Callac et son président, Yves Le Gars, répond favorablement à sa demande :

               "aucun reproche concernant le vie politique et morale du citoyen Even, si ce n'est d'avoir fait partie de l'administration des départements de l'Ouest, mais depuis sa reddition, il est devenu un citoyen paisible, probe et vertueux. A notre estime, il réunit les qualités nécessaires pour bien remplir les fonctions de notaire...

L'affaire Georges [7]

               

Il rentre à Callac au mois de mars 1800 et devant le bureau de la municipalité de Callac, avec Claude René Guezno, ils déclarent le 2 avril  que les réfractaires devraient être traités comme des voleurs. Joseph Laurent Even reprend ses affaires à Callac tout en conservant des relations avec Debar et en août les autorités le soupçonne de préparer une nouvelle insurrection, mais il n'est pas inquiété. 
 Vers la fin de 1803, Debar, toujours aussi engagé dans la lutte avec Georges Cadoudal, se trouve réfugié à Jersey avec Claude René Guezno où ils font partie du comité royaliste.

 

 

Georges Cadouda                

Le 29 mars 1800 a lieu l'entrevue entre Napoléon Bonaparte, premier consul et Georges Cadoudal, homme de confiance du Comte d'Artois et chef des royalistes de l'Ouest. Elle prend rapidement une mauvaise tournure et Napoléon «  témoigne hauteur et dureté à Cadoudal ». Ils se séparent sans accord, chacun restant sur ses positions, Georges Cadoudal préférant la conspiration à la guérilla. Après l'affaire de la machine infernale dirigée contre Bonaparte, une bombe explosa le 24 décembre 1800 à l'Opéra tuant 22 personnes et en blessant 56, celui-ci n'eut de cesse que d'éliminer Cadoudal et ses agents par tous les moyens. Le 27 novembre de la même année, il donne l'ordre à Joseph Fouché, son ministre de la Police, d'arrêter Joseph Laurent Even, et  d'atteindre de cette façon Jean François Le Peige Dorsenne dit Debar, un des plus fidèles agents de Georges Cadoudal, qui vient de débarquer de Guernesey.

                Le lieutenant de gendarmerie Goudelin arrête Even à Callac et le conduit à St Brieuc où le Préfet Jean Pierre Boullé procède à son interrogation mais ne peut obtenir d'Even le lieu où se cache Debar. Joseph Laurent est relâché mais demeure étroitement surveillé. Debar, avertit par Even, s'enfuit vers le Morbihan échappant une fois de plus aux poursuites. La pression s'intensifie et le Premier Consul donne lui-même l'ordre le 30 janvier 1804 de procéder à l'arrestation du notaire Joseph Laurent Even et de son beau-père Claude Louis Guezno. La rafle effectuée permet d'arrêter le 6 et 7 février 1804, 25 suspects dont les trois Lhostis Kerhors, 20 d'entre eux sont expédiés à Paris à pied, de brigade de gendarmerie en brigade en plein hiver. Ils arrivent épuisés à Paris le 20 mars après avoir parcouru  près de 120 lieues dans des conditions épouvantables.

Le Procès

                 L'acte d'accusation est publié le jour même de la proclamation de l'Empire, le 18 mai 1804 et le 24 mai les conjurés sont conduits de la prison du Temple à la Conciergerie où siège le tribunal et le magistrat instructeur Thuriot. Le dimanche 10 juin, la sentence est prononcée, 12 personnes sont condamnées à mort dont Georges Cadoudal. Joseph Laurent Even est acquitté mais il reste quelques temps prisonnier au Temple puis par mesure de haute police, il est placé en surveillance à Bar-sur-Aube jusqu'en février 1811. Sa famille, pour subvenir à ses besoins, doit s'imposer les plus durs sacrifices et vendre une partie de ses biens. Il n'est autorisé à rentrer en Bretagne qu'en 1811 grâce à l'intervention du Député Rupérou  et reprend ses activités de notaire, il est alors âgé de 45 ans.

Le retour du politique

La mairie de Callac est tenue par Jérôme Alexandre Guiot [8], célibataire, notaire et grand acheteur de biens nationaux, depuis le 15 février 1806. Il est le cousin par sa mère de Jean Victor Moreau [9], jugé avec Even dans le procès de 1804, gracié et émigré aux Etats Unis, puis de retour en Europe appelé par le tsar. Il décède de ses blessures à Dresde, le genou fracassé par un boulet français, le 27 août 1813. Jérôme Alexandre Guiot meurt à Callac le 15 septembre 1814 et Joseph Laurent Even est nommé maire par le préfet des Côtes du Nord, le Comte de Goyon,  « en raison de son attachement aux Bourbons » le 31 décembre 1814, malgré l'intervention du chirurgien Joseph Paradis qui l'accuse d'avoir livré Debar aux républicains. qui l'accuse d'avoir livré Debar aux républicains.  


           


Les Cents Jours

      Nous ne pouvons résister à l'envie de faire paraître la lettre suivante trouvée dans le dossier de Joseph Laurent au CARAN [10] à Paris et adressée à l'Empereur pendant  les Cent-Jours, supplique concernant le changement du secrétaire général Le Gorrec par le Baron de Goyon, et qui constitue un florilège de flatteries. Le style et la forme portent la marque indéniable du maire en place depuis à peine 5 mois.

« Département des Côtes du Nord

Commune de Callac

Les Membres du Conseil Municipal

 de Callac

A Sa Majesté Impériale Napoléon Premier

Empereur des Français

Sire,

                               Vous reparaissez au milieu des Français. Ils vous acceptent avec confiance.

                               Vous avez promis d'être le père de la Patrie, de la Liberté.

La crise violente que la France a éprouvé arrachent des voux à la Nation entière.

Daignez, Sire, écouter celui du Conseil Municipal de Callac.

Depuis vingt cinq ans divers gouvernements se sont succédés et n'ont pas fait le bonheur des Français,  car ils ont toujours anéanti la puissance tutélaire des Lois, en y substituant une tyrannie subalterne, la plus insupportable des tyrannies. Nous avons encore présent à l'esprit les maux de l'anarchie ; nous allions retomber sous le despotisme.

Une malheureuse expérience nous a fait connaître tous les maux possibles ; tous les genres d'excès.

Sire, réparez les uns et évitez-nous les autres.

Conservez-nous la Paix.

Défendez l'inviolabilité du territoire français, mais en ne dépassons pas les limites.

Écartons l'étranger, mais n'allons pas l'inquiéter.

Donnez-nous des institutions libérales.

Garantissez les droits du peuple, la sécurité individuelle, le repos des familles.

Qu'il y ait un voile épais sur le passé.

Sire, ne pensez qu'à l'avenir, songez au bonheur du peuple.

Bonheur qui fera votre gloire et consolidera votre trône.

Les rois sont faits pour le peuple et non le peuple pour les rois.

Le changement de gouvernement avait opéré un changement dans notre administration départementale. Monsieur Le Gorrec avait été investi de votre confiance par sa nomination à la place de Secrétaire Général.

Nous l'avons regretté, nous le regrettons.

Sire, Monsieur Le Baron de Goyon a administré ce département d'une manière à concilier tous les esprits ; mais, Sire, il entrait dans les vues de votre majesté de remplacer Monsieur de Goyon dans la Préfecture des Côtes du Nord, en le nommant à d'autres fonctions.

Veuillez bien permettre, Sire, que les membres composant le conseil municipal de Callac vous adressent le vœu sincère qu'ils font d'y voir appeler Monsieur Le Gorrec, ses principes, son mérite, son dévouement patriotique sont connus de tout le Département. Pendant vingt cinq ans, il a donné des preuves continuelles d'une administration sage et modérée.

                               Nous sommes, Sire, de votre Majesté les très humbles et très soumis sujets.

A Callac le onze avril 1815.

Signent : Mathurin Le Barbier, Le Bouédec, Guiot, Benoît Delafargue, Guiton, Yves Le Reste.

Joseph Laurent Even, maire »


Alors que Napoléon vient de se retirer à la Malmaison après la défaite de Waterloo et son abdication le 26 juin 1815, le nouveau maire de Callac écrit une curieuse lettre au sous-préfet de Guingamp :

Lettre d’Even

Callac le 30 juin 1815
Copie de la lettre du maire de Callac au sous-préfet de l’arrondissement de Guingamp

Monsieur le Sous-Préfet,

Des voyageurs arrivent de Carhaix m’assurent qu’une force royale de 4 à 500 hommes y est entré le matin, que le chef M. LOROLLER avait prévenu M. Le Maire de son arrivée, annonce que s’il y avait la moindre résistance, il mettrait la ville au pillage, qu’il voulait les armes. Dès Carhaix, qu’elle route prendra-t-elle ? On dit qu’elle va à Rostrenen, qu’elle veut faire le pardon de Guingamp.

  Si elle vous approche que lui opposeront nous ?

   Le Maréchal des logis nous dit qu’il nous quittera avec sa brigade et les douaniers ; qu’elle fâcheuse position ?
Nous sommes abandonnés à nous mêmes, force inutile.
Instruisez-moi par une ordonnance de vos dispositions.


            J’ai l’honneur de vous saluer respectueusement.

                           Le Maire de Callac.
      
                                              Signé : Even

PS. M. Le Maréchal des Logis expédie une ordonnance  pour Guingamp.
             J’éclaire la route de Carhaix.


Prestation de serment de Joseph Laurent EVEN devant le sous Préfet de Guingamp, 
le Baron Geffroy de VILLEBLANCHE le 22 mai 1821 pour sa nomination comme membre du Conseil de l'arrondissement.



Facsimilé de la prestation de serment
( AD22- cote 2 Z art.3 -Livre de la prestation de serment de Guingamp)



Le 19 avril 1821 [11], après sept années de mandat, Joseph Laurent aspire à une récompense pour ses états de service et présente une demande de candidature à la Légion d'Honneur, une sorte de provocation pour un personnage qui a cruellement souffert de l'inventeur de cette récompense. Dans cette demande signée par son adjoint, Yves Pierre Benoît Lafargue mentionne le texte suivant :

« Joseph Laurent Even, avocat, maire et notaire, 2000 francs de revenu ,de bonne  vie et mœurs, a été et est toujours royaliste, la position de cet ancien officier lui assure la condition nécessaire pour porter la croix de la Légion d'Honneur « 

Le 1er août 1821, le préfet des Côtes-du-Nord reçoit un courrier du Maréchal de Camp, secrétaire général de l'Ordre de la Légion d' Honneur avec une liste de cinq récipiendaires, EVEN, ancien officier, avocat à Callac, GESLIN de BOURGOGNE, ancien officier, maire de Lantic, LE BOUÉTOUX, Le chevalier de LAUNAY, ancien officier, propriétaire à Rostrenen, LENEPVEU de CARFORT, ancien officier, laboureur à Plémy.(Voir le fac-similé ci-dessous)

lheven1921.JPG (76287 octets)

Maison de Joseph Laurent Even(1820)
Place du Martray (Centre)-ancienne boulangerie Guyader
dont il ne reste à nos jours que la partie gauche avec une seulefenêtre de toit.(Place du Centre-carte postale de 1908)

Fac-similé de la demande de la Légion d'Honneur faites en 1921 par son adjoint Yves Pierre Benoît Delafargue pour Joseph Laurent en tant qu'officier des Armées Royales. 
Malgré nos recherches dans la base "Léonore", qui est la liste des décorés de la Légion d'Honneur, nous n'avons trouvé qu'un seul personnage mentionné : 

Pierre Gabriel de LAINAY, (° 1er janvier 1764 Rostrenen) 

Ainsi Joseph Laurent EVEN, qui mentionnait sa Légion d'Honneur sur ses documents, a-t'il reçu cette médaille ? Le doute reste de mise.


evenjllh1921.jpg (77206 octets)
Fac-similé de la lettre du secrétariat de l'Ordre de la Légion d'Honneur du 1er août 1821

Le 1er février 1828, Joseph Laurent décède à 62 ans et 6 mois dans sa maison de la place, entourée de sa femme et de ses deux filles, Cécile et Caroline. L'acte de décès, signé par le même Lafargue, cite les fonctions de maire et chevalier de la Légion d'Honneur. Le premier témoin est Arthur Charles Vistorte, ancien capitaine au Long Cours, juge de Paix et ami du défunt et le second Pierre Laurent Guiot, percepteur et ami, frère de l'ancien maire Jérôme Alexandre Guiot                                      

Le 13 septembre de la même année et 8 mois après le décès de son père, Danièle Caroline Joseph, la fille cadette âgée de 29 ans se marie dans la chapelle Ste Catherine de Callac avec un avocat, futur maire de Lannion, Pierre Huon (° Lannion 1790-+Vichy 1860). Ce fut, comme nous l'avons expliqué plus haut dans le texte, l'origine des Huon de Penanster.

Quelques réflexions en guise de conclusion.

Ce récit bien incomplet de la vie de Joseph Laurent décrit le destin d'un personnage haut en couleurs, avec ses péripéties les plus humbles, ses séjours d'enfermement et d'exil dans une époque où l'existence humaine comptait moins qu'aujourd'hui, son exigence et sa soif  de pouvoir, une vie bien remplie.

                                                                                              Joseph Lohou.(1995-1998)
                                                                                                           (Mise à jour de février 2007)
                                                                                                           (Mise à jour 19.08.2011)
                                                                                                           (Mise à Jour 16 janvier 2012)
                                                                                                           (Mise à jour 10 juillet 2013)
                                                                                                           (Mise à jour 29 juillet 2014)



 Un article curieux sur le journal "Le Fureteur".
                                                                                                        

 


Voici une courte biographie discutable et qui prête à la critique, écrite sans référence et manquant de rigueur.

 

Biographie de Joseph Laurent EVEN( Sallier Dupin)

Joseph Laurent EVEN, fils d’un notaire, subdégué de l’Intendance de Bretagne en 1775, (° Callac 10.081765). Il suivit ses humanités à Quimper.
Il accepta la Révolution à ses débuts et représenta Callac auprès de la Fédération de Pontivy en février 1790( ?)
Ami de Claude GUEZNO de Penanster qui habitait au Manoir du Quenquis, Even complota avec lui et Debar. Le 27 février 1793, il est arrêter une première fois à Rostrenen le jour de ses noces avec la sœur de Guezno de Penanster.
Entré jeune dans l’administration des Domaines, il est dénoncé comme chouan au Directoire par ses supérieurs et doit abandonner son poste en 1796.
En 1799, il est de nouveau arrêté et interné pendant 7 mois à la prison de saints Pélagie. Libéré, il revient au pays. Arrêté encore une fois, il est incarcéré à la prison de saint Brieuc avec son beau-frère et libéré par les chouans lors de l’attaque de cette ville dans la nuit du 26 au 27 octobre 1799. Il gagne la Cornouaille et est nommé major de la 7° Légion du morbihan. Il effectue des coups de main dans la région de St Nicolas du Pélem, occupe Gourin le 16 novembre 1799 et Rostrenen le 14 février 1800.

Le 2 avril de la même année, il fait sa soumission, mais dès le mois d’août suivant, il est à nouveau soupçonné pour être demeuré en relation avec Debar.
Il sera impliqué dans le complot de Cadoudal, arrêté, acquitté, mais resté prisonnier d’État à Bar-sur-Aube jusqu’en février 1811.
Il deviendra maire de Callac en janvier 1815 et décèdera en 1828.

 

(Sources : Edmond Rebillé)


Bibliographie.

Archives Nationales-CARAN- Police- cote f.

Archives DépartementalesAD22- série K, L et M

Dictionnaire Napoléon-Jean Tulard

La machine infernale de la rue Nicaise-J.Lorédan

Une Conspiration de l'an XI et XII- Huon de Penanster- Edit. Plon-Paris 1896.

Réflexions sur la mort de Poulain Corbion-Gilbert Guyon- Société d'Emulation 22-tome CXXIX-2000.

Publié en novembre 2004, le livre de M. Guy de Sallier Dupin "La Mer et la Guerre dans les Côtes-du-Nord" apporte au récit ci-dessus un éclairage nouveau sur la personnalité de Joseph-Laurent EVEN.
ISBN 2-9506490-2-5 -Bibliothèque CG22- cote CDA 133.



[1] Claude Quénechdu, un personnage hors du commun - J. Lohou- Pays d'argoat N°19-1/1993

[2] Musée Carnavalet-Paris-cote Portrait-PC102-Dumontier, dessinateur-JB Gautier, sculpteur

[3] Les élections de Callac en 1790-J.Lohou-Pays d'argoat. N°35-2/2001

[4] G.Cadoudal et la chouannerie- BM Versailles-Thiers.in 8°-1563.

[5] Surnuméraire- employé en surnombre- « le surnuméraire est à l'administration ce que l'enfant de chour est à l'église, ce que l'enfant de troupe est au régiment »- H.Balzac.

[6] G.Guyon- Rélexions sur la mort de Poulain Corbion-Société d'Emulation 22-tome CXXIX-année 2000.

[7] G. de Cadoudal-Georges Cadoudal et la chouannerie-G. Pariset-Paris.

[8] Fils de Nicolas Guiot, ex- maréchal -des- logis du Régiment des Royal-Cravates(Croates), originaire de Soisson-en-Champagne et de Françoise Bossard. Cette famille a donné trois maires à Callac de 1806 à 1896.(Voir "Les GUIOT de Callac")

[9] Gravure de Jean Victor Moreau- Musée Carnavalet

[10]Archives Nationales- CARAN- f/1c III/côtes du nord/1-

[11] Sceau de la mairie de Callac sous la Restauration et Louis XVIII.

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