Callac-de-Bretagne

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Alexandre POULICHOT et Charles GEFFROY

Des callacois, résistants avant l'heure...

Dimanche 21 octobre 1979 — 38 ans (à un jour près) après la fusillade — aura lieu la cérémonie commémorative de Châteaubriant, sur les lieux mêmes où se déroula l'horrible crime nazi.
 


poulichot

Un groupe d’internés au camp de Choiseul à Châteaubriant en octobre 1941, nos deux callacois se trouvent aux extrémités du cliché, Alexandre à gauche avait 38 ans et Charles Geffroy, 16 ans…
 

Alexandre Poulichot, 76 ans, sabotier (aujourd'hui retraité) et Charles Geffroy, 54 ans, boulanger, tous deux de Callac-de-Bretagne, ont vécu cette journée tragique comme prisonniers au camp de Châteaubriant. Ils avaient été arrêtés par des gendarmes français le 16 août 1941 avec six autres résistants de Callac, dont Louis Geffroy, le père de Charles, envoyés à la prison de Pors-en-Quen à Guingamp, puis Châteaubriant, menottes aux mains. via Rennes. Ils arrivèrent au camp dès le 18 août 1941: Ils avaient commencé très tôt dans la Résistance : « Dès 1940, disaient-ils, nous avions distribué des tracts à Callac, ils étaient édités, avec le titre de « L'Humanité », dans la cave de Jean-Marie Le Borgne, militant communiste callacois, dont le fils a été fusillé par les nazis »..
Après leur libération du camp, ils reprirent leur action dans la Résistance, ce qui valut à Charles Geffroy d'être à nouveau arrèté avec son frère Joseph par les Allemands et les miliciens au cours- d'une rafle le 9 avril 1944. Torturé dans les locaux de la Gestapo à Saint-Brieuc « Je perdis trois fois connaissance », dit-il — II fut expédié à Nantes.
Avec son frère et autres prisonniers, ils parvinrent à ouvrir le wagon où ils se trouvaient et à s'évader, entre Nantes et Angers, du train qui les emportait vers les camps de concentration nazis.
« Charlot » Geffroy et Alexandre Poulichot sont aujourd'hui les seuls survivants du groupe des huit Callaçois qui connurent le camp de Châteaubriant. Ils ne risquent pas d'oublier cette période de leur vie ni, surtout, la journée tragique du 22 octobre 1941.

A coups de sifflet destinés à nous faire entrer tous dans les baraques, Ce matin-là, Guy  Moquet ne parlait pas. Lorsqu'il m'a quitté, je lui ai dit : «A tout à l'heure. »
— « Non, a-t-ilrépondu, tout à l'heure ce sera fini ». Il avait un pressentiment... ».
Il savait, dit Alexandre Poulichot, il avait surpris des conversations. »
Tous deux poursuivent : « -- Le traître Touya, lieutenant français, et un officier allemand pénétrèrent dans la fameuse » baraque des chefs » pour appeler Timbaud, Michels, Poulmarch, Granet... ;    puis ils sont allés dans d'autres baraques, celles où nous nous trouvions, pour appeler d'autres noms, notamment celui de Guy Mocquet.
27 hommes au total furent rassemblés dans la même baraque. La « baraque de la mort ab. Une mitrailleuse fut placée devant.

Lorsqu'on vint chercher nos malheureux camarades pour les transporter en  camions sur le lieu du massacre, toutes les fenêtres des baraques s'ouvrirent et la Marseillaise et L’Internationale retentirent, sortant de toutes les poitrines. Des camions qui les emmenaient, les martyrs nous criaient : «  Courage camarades ! «. C'était jour de marché à Châteaubriant et nous avons su ensuite que les gens se découvraient au passage des camions chargés de patriotes qui chantaient la Marseillaise.

Au moment de la fusillade, nous étions tous sortis des baraques et rassemblés sur une place. Nous avons observé une minute de silence et nous avons entendu les trois salves qui abattaient nos camarades.

Aussitet après, il y a eu l'appel des noms des fusillés et nous répondions à chaque nom « Mort pour la France « .
C'est ensuite, en pénétrant dans la « baraque de la mort » qu'on a découvert les inscriptions que les martyrs avaient faîtes sur les planches. Guy Mocquet avait écrit : «  Les copains qui restez. soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir « . Ils avaient aussi rédigé d'admirables lettres d'adieu. Et lorsqu'un prêtre leur rendit visite, ils refusèrent les sacrements qu'il leur proposait — n'étant pas croyants — mais ils lui confièrent le soin de faire parvenir les lettres à leurs familles, ce qu'il fit.

Le lendemain de la fusillade, Charles Geffroy et Alexandre Poulichot reçurent l'annonce de leur libération. Ils furent cependant gardés comme otages jusqu'au 23 novembre 1941. Ce n'est qu à cette date qu'ils purent rentrer à Callac, pour y reprendre le combat…

Marcel ALORY

Notes.
Article paru dans l’Ouest-France du 21 octobre 1979 et rapporté par son petit-fils Jacques Poulichot.